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Le Malawi franchit le Point d’Achèvement
21 September 2006
Le Malawi a franchi le point d’achèvement fixé dans le cadre de l’Initiative Renforcée en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Il est à ce titre le 20ème pays qui atteigne le point d’achèvement de l’initiative. Parvenu à ce stade, il devient également éligible à un allègement de dette supplémentaire de l’Association Internationale de Développement (IDA) de la Banque Mondiale, du FMI et du Fonds Africain de Développement, au titre de l’Initiative d’Allègement de la Dette Multilatérale (IADM).
Selon la Banque Mondiale et le FMI, maintenant que le Malawi a atteint son point d’achèvement, il devrait recevoir l’équivalent de 3,1 milliards de USD d’allègement nominal total du service de sa dette au titre des Initiatives PPTE et IADM, principal et intérêts compris. Les économies annuelles moyennes réalisées sur le service de la dette devraient augmenter de 39 millions d’USD de 2001 à 2005 à environ 110 millions d’USD entre 2006 et 2025. La Banque Mondiale et le FMI prévoient que les paiements annuels du service de la dette du Malawi devraient maintenant avoisiner les 5 millions d’USD entre 2006 et 2025.
Le Malawi a en plus bénéficié de « sommes exceptionnelles » (« topping-up »), c’est-à-dire qu’il s’est vu accorder un allègement de dette supérieur à ce qui avait été prévu, parce que le montant d’allègement initialement proposé n’était pas suffisant pour ramener le ratio d’endettement du pays à un niveau soutenable. D’après la Banque Mondiale et le FMI, la situation de soutenabilité de la dette du Malawi s’est en grande partie détériorée à cause de la baisse imprévue des tarifs à l’exportation du pays et d’une chute des taux d’intérêts internationaux. Cela montre bien que, malgré des annulations de dettes considérables, l’économie du Malawi reste très vulnérable aux baisses des prix des matières premières et aux facteurs indépendants de sa volonté.
Le Malawi avait franchi le point de décision de l’Initiative PPTE en 2000. Il a depuis lors suivi un parcours long et difficile avant d’atteindre son objectif final et de décrocher une annulation de près de 90% de sa dette. La principale raison qui explique pourquoi le pays a mis autant de temps à parvenir au point d’achèvement est que, sous le gouvernement précédent, le pays a à plusieurs reprises été déclaré « hors cadre » (« off-track ») dans le cadre des programmes de FRPC du FMI. En 2002, 2003 et 2004, le FMI avait en effet dénoncé les « dépassements budgétaires publics » du pays. Le gouvernement de l’époque prétendait que ces dépassements étaient inévitables et qu’ils étaient en grande partie dus aux actions et aux recommandations des donateurs et des créanciers du pays.
Une des principales conditions attachées à l’Initiative PPTE était la privatisation de l’ADMARC, l’office national de commercialisation et de développement des productions agricoles qui accordait des subventions et des prix réduits sur les céréales aux agriculteurs et aux citoyens. La privatisation de l’ADMARC est devenue la plus controversée – et la plus désastreuse – des conditions liées au programme PPTE.
De nombreuses organisations de la société civile du Malawi ont vigoureusement protesté contre la privatisation de l’ADMARC. Des organisations comme le Réseau Justice Economique du Malawi (MEJN) expliquent que l’ADMARC jouait un rôle social vital, par exemple en versant des subventions sur les engrais aux petits agriculteurs. L’AIPS (Analyse d’Impact sur la Pauvreté et le Social) réalisée par la Banque Mondiale va également dans ce sens, mais les conclusions du document ont cependant été publiées trop tard par la Banque Mondiale. Finalement, le FMI a forcé le gouvernement de l’époque à privatiser l’ADMARC, à mettre fin aux subventions agricoles et à vendre ses stocks de céréales afin de limiter le déficit fiscal et ses conséquences désastreuses. La vente des réserves de céréales, ajoutée à la hausse des prix des engrais, a provoqué une crise alimentaire dans le pays, obligeant le gouvernement à importer du maïs à un coût bien plus élevé que ce que les subventions agricoles auraient représenté. Le FMI a donc été contraint de revenir sur sa décision et d’admettre son erreur. L’ADMARC reste pour le moment aux mains de l’Etat, bien que le nouveau gouvernement envisage de « commercialiser » ses activités.
Pour franchir le point d’achèvement, le Malawi a satisfait aux 25 éléments déclencheurs du programme sauf deux. « Le FMI a renoncé à deux conditions qui étaient impossibles à respecter », commente Andrew Kumbatira, du MEJN de Lilongwe. « La première était la formation des enseignants. Le Malawi était censé former 6000 enseignants par an, alors que nous n’avons les moyens de n’en former que 3000. La seconde concernait les dépenses de santé. Le FMI avait établi qu’elles devaient s’élever à 13% du PIB. Ce chiffre n’avait cependant pas prévu les chocs qui ont entraîné la crise alimentaire, à laquelle il a fallu consacrer un budget énorme. Dans ce contexte l’objectif de 13% était complètement impossible à atteindre, » explique-t-il.
Il ajoute que dans l’ensemble, « la population du Malawi est heureuse que le pays ait atteint le point d’achèvement », et que « cela a soulevé de nombreux espoirs. Les gens attendent un chèque de la Banque Mondiale et du FMI ». Il souligne toutefois que les liquidités dégagées par les Initiatives PPTE et IADM ont déjà été intégrées au budget du gouvernement approuvé en juillet dernier, ce qui signifie que les prévisions de dépenses ne feront l’objet d’aucun changement, comme cela avait alors été annoncé. « Le gouvernement va maintenant devoir gérer les attentes des citoyens », commente-t-il, avant d’ajouter qu’il espère que l’étape franchie par le Malawi dans le processus PPTE permettra de susciter davantage d’intérêt des bailleurs et de générer des ressources supplémentaires pour le développement du pays.
Le Malawi n’est pas encore tiré d’affaire pour autant. Le MEJN s’interroge maintenant sur les moyens d’éviter que le pays ne retombe dans un endettement insoutenable, et suit de près la dette intérieure du pays, qui augmente régulièrement. Le pays a encore de nombreux obstacles à franchir avant de pouvoir atteindre les ODM fixés par la communauté internationale : le revenu par habitant s’élève à seulement 160 USD par an - un niveau inférieur à celui qu’il connaissait en 1990, le SIDA/HIV (qui touche environ 15% de la population) a considérablement réduit l’espérance de vie, et le Malawi est gravement dépendant de l’agriculture pour ses revenus d’exportations (le Malawi tire presque 90% de ses revenus d’exportations des produits agricoles). Il revient aujourd’hui au gouvernement de gérer à bon escient les économies réalisées sur le service de la dette, et à la communauté internationale d’augmenter les montants d’aide alloués au pays et dont il a encore désespérément besoin.
(Gail Hurley, Eurodad)
Liens :
Communiqué de presse de la Banque Mondiale et du FMI (en anglais) :
World Bank and IMF Support Malawi's Completion Point under the Enhanced HIPC Initiative and Approve Debt Relief under the Multilateral Debt Relief Initiative.
Communiqué de presse No. 06/187, 1 Septembre 2006 http://www.imf.org/external/np/sec/pr/2006/pr06187.htm